





Le voyage de ce spectacle avec le public commence par une phrase de « Brecht », que les frères Malas ont choisi d’inscrire sur l’enveloppe remise à chaque spectateur : « Il existe au moins cinq façons de dire la vérité. »
Ils ont écrit cette phrase sur l’enveloppe, et ils l’ont mise en acte dès lors qu’ils ont adopté le théâtre comme outil pour dire la vérité : un outil capable de réunir toutes les composantes de la société.
Une chambre théâtrale qui peut contenir davantage d’âmes et de sentiments qu’une grande salle de théâtre.
Le Théâtre de la Chambre des frères Malas revient aujourd’hui avec une nouvelle pièce tragi-comique : Le Zoo, écrite, interprétée et mise en scène par eux.
Les frères Malas y reprennent le socle fondamental de The Zoo Story, du dramaturge américain Edward Albee. Mais ils redessinent l’histoire à leur manière : une histoire différente, qui touche l’être humain en son point le plus profond, portant des thèmes semblables à des chambres closes de l’âme, qui méritent d’être ouvertes et racontées.
Ils déposent ainsi plusieurs sujets sur une table claire : celle de la représentation théâtrale. Parmi eux, il y a le « jeu de l’imagination », à travers lequel ils tentent de relier le monde intérieur de chacun de nous au monde présent, immédiat, en incarnant dans la réalité ce que nous désirons par l’imaginaire. Ils passent ainsi d’une imagination à l’autre, comme s’ils ouvraient ce petit théâtre qui enflamme notre âme avec des scènes que nous imaginons et que nous aimerions voir devenir réalité. Ils saisissent notre théâtre intérieur et le font apparaître, avec une réalité plus grande, dans une performance tangible et sensible au sein du spectacle Le Zoo.
Les événements de la pièce se glissent avec transparence, selon la progression de sa ligne artistique, introduisant un thème après l’autre : le conflit psychologique des personnages, la question du temps à travers ses histoires avec chaque être humain. De ce point de vue, les frères Malas ont choisi de construire un texte où chaque élément écrit possède une justification dramatique. Ils répètent souvent qu’« il n’existe aucun événement, pas même un mot dans le texte qu’ils présentent, qui n’ait une justification dramatique ; lorsqu’il n’y a pas de justification dramatique, il n’y a rien sur scène ».
Ils croient également que chaque personnage dans cette vie porte en lui ce qui le rend heureux et ce qui le rend triste. C’est là que se forme la tragi-comédie, qu’ils maintiennent comme un socle essentiel de leurs spectacles. Elle apparaît clairement dans les personnages et se cristallise davantage dans la partie consacrée au conflit psychologique, où les deux figures révèlent des zones intérieures douloureuses après avoir montré autre chose. C’est ici que s’affirme leur conviction : « chaque personnage porte ce qui le réjouit et ce qui le blesse dans cette vie ».
Le premier personnage, Yassar, écrivain et employé, apparaît d’abord comme un homme satisfait d’une vie modeste, peut-être même inférieure à l’ordinaire. Mais lorsque retentit la cloche de la situation qui l’oblige à faire sortir ce qu’il porte dans son cœur, sans calculer ce qu’il dit, surgit alors le sentiment qu’il avait toujours refoulé : son sentiment et sa vérité d’écrivain universel, ayant souffert à deux périodes de l’histoire de ce pays, et ayant également souffert dans sa vie personnelle. Il a aussi écrit des pièces de théâtre, dont l’une aurait même été célébrée par les Français. C’est ce que lui révèle le second personnage, Abdel Nasser, jeune homme ballotté par les coups incessants de la vie, bien qu’il apparaisse au début comme une figure indifférente et étrange. Mais très vite, les douleurs se dévoilent.
Au milieu de la pièce, nous découvrons que les deux personnages se rejoignent sur une ligne commune. Et même ce point commun n’est pas gratuit : il constitue un point de force dans la progression des événements, construits à partir de la vie et de ce qui s’y produit sur les plans affectif, psychologique, social et politique.
La pièce est composée, écrite, mise en scène et jouée avec une densité particulière : une densité qui signifie ici la profondeur et la vérité de son impact sur nous.
Il convient de noter que les noms des personnages, Abdel Nasser comme Yassar, ont eux aussi été écrits selon une justification dramatique, comme tout ce qui est tissé dans ce spectacle. À partir de cette approche, qui nous donne à voir les personnages dans leur profondeur et leur réalisme, nous remarquons que, même si leurs tempéraments diffèrent, chacun porte en lui ce qui le fait rire et ce qui le fait pleurer. Chacun porte deux contraires.
Lequel de ces deux contraires montera sur le trône de l’âme en chacun d’eux ?
De quel côté penchera la balance de la vie ?
À la fin du spectacle, nous avons vu une blessure dans une scène saisissante : une quête de délivrance du point de vue du personnage, une tentative d’atteindre le chemin qu’il désire rejoindre. Cette clôture, mêlée de tristesse et d’espoir, a plongé le public dans le choc de l’épreuve théâtrale, et plus particulièrement de cette scène inattendue, comme une scène surréaliste où le réel se mêlait au réel. Cette fin ressemblait à une sonnette d’alarme, disant les vérités d’une manière artistique et humaine.
Et pourtant, au milieu de tout cela, une tache d’espoir s’est allumée, même dans la foule de la peine, lorsque le personnage d’Abdel Nasser, faisant ses adieux à la vie et exhalant ses derniers souffles, dit : « Écrivez du théâtre et jetez-le dans le fleuve, car personne ne peut tuer le fleuve. » Il rappelle ainsi l’espoir de la continuité de l’art malgré toutes les conditions de la vie.
Puis il s’en va, laissant Yassar dans la stupeur, dans une adresse au Créateur, et peut-être même à sa propre âme, par un cri.
Le spectacle commence, se poursuit et s’achève chaque jour, tandis que l’aura de la pièce, du lieu et de la présence enveloppe des sentiments mêlés dans un seul espace, avec une intimité spirituelle qui règne dans chaque recoin de la chambre.
Un fil transparent relie l’âme du spectateur à l’acteur, et l’âme de la vie au texte et à la scène.
Sidra Assi