À rebours des rythmes imposés et des logiques d’exposition immédiate, certaines trajectoires artistiques se construisent dans la durée, loin du bruit et de la répétition. Elles avancent par nécessité intérieure, par choix assumés, par une attention constante portée au geste juste. Le parcours de Zbeida Belhajamor s’inscrit dans cette temporalité exigeante. Il ne relève ni de l’évidence ni de la fulgurance, mais d’un travail patient où chaque rôle, chaque présence scénique, chaque silence participe à l’élaboration d’une identité artistique habitée, cohérente, profondément incarnée.
Dans le paysage français contemporain, souvent traversé par une tension entre exposition médiatique et exigence artistique, Zbeida Belhajamor occupe un espace singulier. Elle ne cherche pas à occuper le centre, mais à mériter le regard. Cette posture, loin d’être une stratégie, semble relever d’un rapport intime au métier de comédienne : jouer n’est pas se montrer, mais traverser. Traverser un texte, un corps, une situation, parfois une violence symbolique, sans jamais céder à la facilité de l’effet.
Son travail au théâtre constitue un socle fondamental. La scène, chez elle, n’est pas un tremplin, mais un lieu de formation continue. C’est là que s’affinent le rapport au rythme, à l’écoute, à la contrainte. Interpréter des auteurs exigeants, s’inscrire dans des dispositifs scéniques rigoureux, accepter la répétition comme discipline : autant d’éléments qui façonnent une actrice consciente de ses outils. Le corps devient un langage à part entière, le silence une matière dramatique, la retenue une forme de précision.
Cette exigence se prolonge naturellement au cinéma. Zbeida Belhajamor ne choisit pas des rôles pour leur visibilité immédiate, mais pour la qualité du regard qu’ils proposent. Elle s’inscrit dans une cinématographie attentive aux failles, aux zones d’ombre, aux émotions non formulées. Son jeu ne cherche pas à souligner, mais à laisser affleurer. Il se caractérise par une économie de moyens qui n’appauvrit jamais le sens, bien au contraire. Chaque geste semble pesé, chaque regard chargé d’une histoire intérieure.
La reconnaissance dont elle fait aujourd’hui l’objet, notamment à travers sa mise en avant par la presse culturelle spécialisée, ne relève pas d’un phénomène de mode. Être identifiée parmi les jeunes figures à suivre n’est pas ici une étiquette générationnelle, mais la conséquence logique d’un travail déjà lisible, déjà cohérent. Ce type de reconnaissance est précieux parce qu’il repose sur une observation attentive du parcours, et non sur un emballement médiatique.
Ce qui frappe chez Zbeida Belhajamor, c’est la densité de sa présence. Elle n’est jamais décorative. Même dans les cadres les plus épurés, elle impose une tension, une gravité légère, presque imperceptible. Cette qualité tient sans doute à un rapport profond à l’intériorité. Elle ne joue pas des personnages “à effets”, mais des êtres traversés par des contradictions, des désirs inaboutis, des fragilités contenues. Cette capacité à rendre visible l’invisible confère à son jeu une dimension presque physique pour le spectateur.
Son identité artistique se construit également dans un entre-deux culturel discret. Sans jamais revendiquer un discours identitaire explicite, elle incarne une sensibilité qui échappe aux assignations simples. Cette complexité nourrit son jeu. Elle apporte à ses rôles une texture singulière, faite de tension douce, de résistance intérieure, de nuances émotionnelles. Là encore, rien n’est démonstratif. Tout passe par la sensation.
Dans un monde artistique où l’on demande souvent aux jeunes actrices de se définir rapidement, de se positionner, de se raconter, Zbeida Belhajamor choisit le temps long. Elle laisse son travail parler. Cette retenue n’est pas une absence de parole, mais une forme de respect pour le processus créatif. Elle accepte que l’identité artistique se construise par strates, parfois dans l’incertitude, souvent dans le doute. Cette acceptation du doute est peut-être l’un des signes les plus clairs de maturité artistique.
Son rapport à l’image publique s’inscrit dans la même logique. Elle n’utilise pas les réseaux comme une scène parallèle, mais comme un prolongement mesuré de son univers. Les images qu’elle partage ne cherchent pas à fabriquer un personnage, mais à témoigner d’un état, d’un travail, d’une étape. Là encore, la cohérence prime sur la performance. Cette attitude renforce la crédibilité de son parcours : rien ne semble plaqué, tout paraît relié.
Zbeida Belhajamor appartient à une génération d’acteurs et d’actrices qui redéfinissent silencieusement les codes du métier. Une génération moins obsédée par la reconnaissance immédiate que par la justesse du chemin. Une génération qui comprend que la durée est une valeur artistique en soi. Dans ce contexte, son parcours apparaît non comme une exception, mais comme un repère. Il montre qu’il est encore possible de construire une carrière sans renoncer à l’exigence, sans se dissoudre dans la vitesse.
Écrire son portrait aujourd’hui, c’est écrire sur un moment de bascule. Celui où une actrice cesse d’être simplement prometteuse pour devenir lisible, identifiable, déjà nécessaire. Non parce qu’elle occupe tous les écrans, mais parce qu’elle incarne une manière d’être au jeu, au texte, au monde. Une manière qui privilégie la profondeur à la surface, la continuité à l’éclat.
Ce portrait n’a pas vocation à figer une image, encore moins à conclure un parcours. Il s’agit au contraire de saisir un mouvement en cours. Celui d’une actrice qui avance sans bruit, mais avec une détermination tranquille. Qui accepte la complexité comme moteur. Qui choisit la lenteur comme forme de résistance artistique. Dans un paysage saturé de signaux, cette discrétion assumée devient une force.
Zbeida Belhajamor ne se définit pas par ce qu’elle revendique, mais par ce qu’elle incarne. Et c’est précisément cette incarnation, silencieuse et exigeante, qui fait d’elle une figure à suivre avec attention. Non pour ce qu’elle promet, mais pour ce qu’elle construit, jour après jour, rôle après rôle, dans une fidélité rare à l’essence même du métier d’actrice.
PO4OR – Bureau de Paris