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À l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition : Abbas Kiarostami, dix leçons de cinéma et de vie

À l'occasion du dixième anniversaire de sa disparition : Abbas Kiarostami, dix leçons de cinéma et de vie

Dix ans après sa mort à Paris, à l'été 2016, à l'âge de soixante-seize ans, le cinéaste iranien Abbas Kiarostami demeure présent bien au delà de ses films. L'auteur du « Goût de la cerise », Palme d'or à Cannes en 1997, et de « Close-Up » est devenu une véritable école de pensée et d'esthétique, qui a inspiré des générations de réalisateurs à travers le monde. Il a redéfini le rapport entre l'image et le réel, et ouvert la voie à un cinéma qui voit dans les détails du quotidien une matière poétique, et dans la simplicité un chemin vers le sens.

À cette occasion, le critique Hovik Habchian réunit l'essentiel de la vision de Kiarostami en dix leçons, tirées d'une master class rare que le cinéaste a donnée au Festival de Marrakech quelques mois avant sa disparition. Ces leçons ne se limitent pas aux techniques de la mise en scène. Elles révèlent une philosophie humaine entière, sur l'art comme sur la vie.

Les dix leçons

Premièrement, au commencement était la curiosité. Kiarostami y voit la qualité essentielle du cinéaste : « La curiosité est l'une des qualités fondamentales que doit posséder un cinéaste, car sans elle, il est difficile d'observer. » Il voulait d'abord peindre, mais c'est sa curiosité hors du commun pour le cinéma qui l'a distingué.

Deuxièmement, la vie est une suite de hasards. Il n'a pas planifié son parcours. Il est passé du graphisme aux affiches de films, puis à la publicité et aux films pour enfants, jusqu'à ce qu'un institut consacré au développement intellectuel des enfants scelle sa vraie rencontre avec le cinéma comme métier.

Troisièmement, le cinéma se découvre, il ne s'enseigne pas. Il a réalisé son premier film, « Le Pain et la Rue » (1970), sans aucune formation académique, contraint de travailler avec un enfant non professionnel faute d'acteurs, si bien que l'œuvre est née d'une pure découverte et non d'une règle apprise.

Quatrièmement, l'erreur n'est pas un défaut mais une chance. Lorsqu'une panne de son est survenue lors d'une scène décisive de « Close-Up », il ne l'a pas corrigée : il a supprimé le son et transformé l'accident en style, à la manière du peintre Renoir qui fit d'une goutte de peinture tombée par mégarde une chaise dans son tableau.

Cinquièmement, la poésie n'est pas un procédé que l'on convoque. Elle est un instant rare et non prémédité : « La poésie n'est pas quelque chose que l'on peut invoquer à volonté, il peut se produire une chose qui ne se répétera pas, et vous êtes chanceux si vous parvenez à la saisir. »

Sixièmement, le film s'achève chez le spectateur. Celui-ci est un véritable partenaire dans la fabrication du sens : « Je veux que le public découvre des dimensions et des significations dont je ne suis peut-être moi-même pas conscient, car chaque spectateur arrive au cinéma avec un bagage différent. »

Septièmement, ne te répète pas. Les ressemblances entre ses films apparaissent de façon inconsciente et non délibérée, reflet de souvenirs d'enfance persistants plutôt que reproduction volontaire de ce qui a précédé.

Huitièmement, le cinéma ne connaît pas de géographie. Pour lui, la véritable identité est universelle et humaine : « Le monde du film lui même est une seule et vraie géographie, et je n'accorde pas grande importance aux différences culturelles. »

Neuvièmement, observer la vie, rien d'autre. Sa source d'inspiration n'est ni le cinéma ni la littérature : « Je regarde ce qui m'entoure, j'observe la vie avec le plus de précision possible. »

Dixièmement, une dernière leçon qui résume toute sa philosophie : « Si nous cessions un instant de contrarier la vie, et que nous regardions autour de nous. »

Un héritage toujours actuel

Cette vision, restée d'une étonnante actualité une décennie après sa disparition, confirme que l'héritage de Kiarostami ne réside pas dans ses seuls films, mais dans sa manière unique de regarder le monde, là où l'image devient question, le silence devient langage, et le spectateur devient un partenaire réel de l'expérience cinématographique. Dix ans ont passé, et la leçon la plus forte demeure : chez Kiarostami, le cinéma n'est pas une certitude que l'on impose, mais une recherche permanente et une invitation à partager.


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