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Décès de Mazen al-Mubarak, « cheikh des grammairiens », à 96 ans après sept décennies au service de la langue arabe

Décès de Mazen al-Mubarak, « cheikh des grammairiens », à 96 ans après sept décennies au service de la langue arabe

DAMAS -Le linguiste syrien Mazen al-Mubarak, surnommé le « cheikh des grammairiens », est décédé samedi 25 juillet 2026 à Damas, à l'âge de 96 ans, au terme d'une carrière académique de plus de sept décennies consacrée à l'enseignement, à l'édition critique de textes classiques et aux travaux de l'Académie de langue arabe.

Un deuil largement partagé

L'Académie de langue arabe de Damas, dont il était membre titulaire, a annoncé son décès en saluant son parcours au service de l'enseignement de l'arabe et son héritage scientifique et académique, qualifiant sa disparition de perte pour les milieux scientifiques et culturels en Syrie et dans le monde arabe.

Le ministère syrien de la Culture et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique lui ont également rendu hommage, soulignant les efforts qu'il a consacrés à la langue arabe et à l'enrichissement de la pensée et de la culture. L'Université de Damas, l'université Bilad al-Cham, ainsi que plusieurs institutions scientifiques et linguistiques du monde arabo-musulman, se sont associées à cet hommage, tout comme le grand mufti de Syrie, Cheikh Ossama al-Rifai, et de nombreux universitaires, qui l'ont décrit comme « le cheikh de la langue arabe » et « l'éminent savant ».

Une famille de savants

Mazen Abdelkader Mohammed al-Mubarak est né en 1930 dans le quartier d'al-Imara, à Damas, au sein d'une famille d'origine algérienne : son grand-père, Cheikh Mohammed al-Mubarak al-Dalsi, avait émigré d'Algérie aux côtés de l'émir Abdelkader après 1854.

Il grandit sous la tutelle de son père, le linguiste Abdelkader al-Mubarak, l'un des fondateurs de l'Académie de langue arabe de Damas. À la mort de ce dernier, c'est son frère aîné, le penseur et ministre Mohammed al-Mubarak (1912-1981), lui-même membre de l'Académie, qui prit en charge son éducation.

Formation : de Damas au Caire

Mazen al-Mubarak fit toute sa scolarité, du primaire à l'université, à Damas, où il fut l'élève de grandes figures de l'arabe classique telles que Said al-Afghani, Mustafa al-Zarqa, Mohammed Bahjat al-Bitar, Amjad al-Tarabulsi et Chafiq Jabri.

En 1952, il obtint sa licence de lettres arabes à l'université de Damas ainsi qu'un diplôme d'enseignement, terminant premier de sa promotion, toutes filières confondues (lettres et pédagogie).

Il enseigna ensuite l'arabe dans des lycées de Damas jusqu'à fin 1954, avant d'être envoyé en formation à l'université du Caire, où il obtint un master en 1957 grâce à l'édition critique du traité al-Idah fi ilal al-nahw d'Abou al-Qassim al-Zajjaji, puis un doctorat en 1960 avec une thèse consacrée au grammairien al-Rummani, à travers son commentaire du Kitab de Sibawayh.

Une carrière académique panarabe

De retour à Damas, il devint enseignant au département de langue arabe de l'université de Damas, promu maître de conférences en 1965 puis professeur des sciences de la langue arabe en 1971. Sa carrière l'a conduit dans plusieurs pays arabes :

  • Fondateur et directeur de l'École d'enseignement de l'arabe aux étrangers de l'université de Damas (1963-1965)
  • Professeur à l'université de Riyad (1965-1966)
  • Professeur invité à l'Université libanaise (1972-1973)
  • Professeur à l'université du Qatar (1974-1982)
  • Professeur invité à l'université d'Oran, en Algérie (1984)
  • Chargé de cours à l'Institut supérieur des arts dramatiques de Damas (1984-1987)
  • Chef du département de civilisation à l'Encyclopédie arabe (1987-1989)
  • Chef du département de langue arabe au Collège des études islamiques et arabes de Dubaï (1990-2002)

Il fut par ailleurs membre de l'Union des écrivains arabes dès sa fondation en 1969, membre du conseil scientifique du Dictionnaire historique de l'Union des académies linguistiques arabes du Caire, membre du comité consultatif de la Revue jordanienne de langue et littérature arabes, et membre du jury du Prix international Roi Fayçal pendant deux ans.

Membre de l'Académie de langue arabe

Il fut élu membre correspondant de l'Académie de langue arabe de Damas en 2002, puis membre titulaire en 2006, succédant au grammairien Assem al-Bitar. Au sein de l'Académie, il présida la Commission des dictionnaires linguistiques, la Commission de la langue arabe et de ses sciences, et la Commission des travaux des membres, tout en participant aux commissions de la revue de l'Académie, du Dictionnaire historique et des manuscrits. Depuis 1959, il publia près de 39 articles dans la revue de l'institution.

Dernière distinction : le Prix Roi Salmane

En 2025, il reçut le Prix international Roi Salmane de la langue arabe, dans la catégorie individuelle « diffusion de la conscience linguistique et initiatives communautaires », en reconnaissance de décennies d'efforts consacrés à la langue arabe par l'édition critique, l'écriture et l'encadrement intellectuel. Son ouvrage Nahwa wa'i lughawi (« Vers une conscience linguistique »), paru dans les années 1970, fut salué comme un tournant dans la manière d'articuler les questions de langue et d'identité.

Œuvre scientifique

Ouvrages personnels : Al-Zajjaji : sa vie, son œuvre et sa doctrine grammaticale (1960) ; Al-Rummani le grammairien à la lumière de son commentaire du Kitab de Sibawayh (1963) ; Abrégé d'histoire de la rhétorique (1968) ; La société d'al-Hamadhani (1970) ; Vers une conscience linguistique (1970) ; Recherche sur l'histoire de la grammaire et la cause grammaticale (1971) ; L'arabe pour non-spécialistes, en collaboration (1983) ; Articles sur l'arabe (1999) ; parmi une quinzaine d'autres titres publiés jusqu'en 2019.

Éditions critiques de textes classiques : Al-Idah fi ilal al-nahw d'al-Zajjaji (1959) ; Mughni al-labib d'Ibn Hicham, en collaboration (1964) ; plusieurs traités d'Ibn Jinni (1987-1988) ; Al-Hudud al-aniqa (1991) ; les proverbes célèbres de Cheikh Tahir al-Jazairi (1995) ; entre autres textes édités jusqu'en 2018.

Publications de l'Académie : ouvrage historique sur l'institution (2009), décisions terminologiques de l'Académie (2012-2014), règles d'orthographe, en collaboration (2014), biographies de membres fondateurs (2015).

Il a également dirigé de nombreux mémoires de master et thèses de doctorat dans plusieurs pays arabes, et publié dans des revues telles qu'Al-Arabi (Koweït), Al-Ma'rifa (Damas), Al-Faisal (Riyad), Al-Doha (Qatar) et la revue de l'Institut des manuscrits arabes (Le Caire).


Sources : Académie de langue arabe de Damas, Al Jazeera, ministère syrien de la Culture.

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