L’annonce a été confirmée par Academy of Motion Picture Arts and Sciences : le film tunisien La Voix de Hind Rajab figure officiellement parmi les œuvres engagées dans la course à l’Oscar du meilleur film international pour la 98ᵉ édition des Oscars, dont la cérémonie se tiendra le 15 mars 2026 à Los Angeles. Cette sélection marque l’entrée du film dans un processus compétitif exigeant, structuré en plusieurs phases successives, allant de la liste longue à la liste courte, avant les nominations finales.
Présenté par la Tunisie, le film est réalisé par Kaouther Ben Hania, figure majeure du cinéma arabe contemporain, reconnue pour son approche singulière mêlant rigueur formelle, engagement éthique et réflexion sur la représentation. Avec La Voix de Hind Rajab, la réalisatrice poursuit une trajectoire artistique qui interroge la responsabilité du regard cinématographique face aux tragédies humaines contemporaines, sans céder ni au sensationnalisme ni au discours démonstratif.
Le film s’inspire d’un fait réel : l’histoire de Hind Rajab, une enfant palestinienne tuée lors de la guerre à Gaza. À partir de cet événement, l’œuvre ne cherche pas à reconstituer un fait divers ni à produire un manifeste politique explicite. Elle s’attache plutôt à faire émerger une voix, un récit fragile et interrompu, comme pour rappeler que derrière les statistiques et les images de conflit, subsistent des existences singulières, irréductibles à toute abstraction. Le dispositif narratif privilégie la retenue, l’économie de moyens et une tension intérieure constante, laissant au spectateur la responsabilité de sa propre lecture.
Depuis ses premières projections internationales, La Voix de Hind Rajab a suscité un écho critique notable. Plusieurs observateurs ont souligné la capacité du film à aborder un sujet extrêmement sensible sans l’enfermer dans une rhétorique attendue. La mise en scène, précise et dépouillée, évite toute esthétisation excessive de la violence. Elle construit au contraire un espace de silence, de suspension, où l’absence devient un élément central du récit. Cette approche a contribué à positionner le film comme une œuvre à la fois profondément politique et résolument cinématographique.
L’entrée officielle du film dans la course aux Oscars ne signifie pas une nomination finale à ce stade, mais elle constitue une reconnaissance institutionnelle importante. Chaque pays n’est autorisé à soumettre qu’un seul film dans la catégorie du meilleur film international, ce qui confère à cette sélection un poids symbolique considérable. Pour la Tunisie, il s’agit d’un signal fort quant à la visibilité croissante de sa production cinématographique sur la scène mondiale, mais aussi d’une confirmation du rôle central qu’y occupe Kaouther Ben Hania.
Au-delà de la compétition elle-même, cette sélection s’inscrit dans un contexte plus large où les œuvres issues du monde arabe trouvent progressivement une place plus affirmée dans les grands rendez-vous internationaux. Le film dialogue ainsi avec une tradition récente de cinéma engagé, mais il s’en distingue par sa volonté de déplacer le regard, de refuser les cadres narratifs trop familiers et de questionner la manière même dont les histoires de guerre sont racontées et reçues.
Le parcours de La Voix de Hind Rajab jusqu’à l’Oscar repose également sur un réseau de diffusion internationale construit avec patience. Les projections en festivals, les débats qu’elles ont suscités et l’attention médiatique progressive ont contribué à inscrire le film dans une dynamique de circulation globale. Cette trajectoire rappelle que l’accès aux Oscars, loin d’être un événement isolé, résulte d’un long travail de visibilité, de réception critique et de reconnaissance institutionnelle.
Dans le paysage cinématographique actuel, marqué par une surabondance d’images et de récits, le film de Ben Hania se distingue par son refus de la saturation. Il propose une expérience de visionnage qui exige du temps, de l’écoute et une disponibilité émotionnelle rare. Cette posture artistique, parfois perçue comme exigeante, correspond précisément aux critères qui permettent à certaines œuvres de s’inscrire durablement dans la mémoire des spectateurs et des jurys.
L’enjeu de cette sélection dépasse ainsi la seule question d’un éventuel trophée. Il interroge la capacité du cinéma à porter des récits fragiles sur des scènes dominées par de puissantes industries culturelles. Il rappelle également que la catégorie du meilleur film international demeure l’un des espaces privilégiés où des voix minoritaires peuvent, ponctuellement, accéder à une reconnaissance mondiale.
Dans l’attente des prochaines étapes du processus, notamment l’annonce de la shortlist puis des nominations finales, La Voix de Hind Rajab s’impose déjà comme une œuvre repère de l’année cinématographique. Qu’il soit ou non retenu parmi les films finalistes, son parcours témoigne d’un cinéma qui assume pleinement sa responsabilité morale sans renoncer à l’exigence artistique.
La sélection du film pour représenter la Tunisie aux Oscars 2026 apparaît ainsi comme un moment significatif, à la croisée de l’art, de la mémoire et du débat contemporain. Elle confirme la place de Kaouther Ben Hania parmi les cinéastes capables de faire dialoguer le local et l’universel, et rappelle que certaines œuvres, par leur seule existence, déplacent déjà les lignes bien avant toute récompense officielle.
PO4OR – Bureau de Paris