Il arrive, rarement, qu’une figure médiatique parvienne à déjouer les raccourcis qui l’entourent. À ne pas se laisser enfermer dans la fonction qu’on lui attribue, ni dans l’image que l’on projette sur elle. Le parcours de Nada Koussa appartient à cette catégorie exigeante : celle des personnalités dont la visibilité n’est pas une finalité, mais un outil, et dont la parole précède toujours l’apparence.

Son accession au titre de Miss Liban n’a jamais été présentée comme un accomplissement en soi. Très vite, elle s’est inscrite dans une posture différente, presque à contre-courant : refuser l’instantané, privilégier le temps long, déplacer l’attention du regard vers le sens. Là où d’autres se contentent d’occuper l’espace médiatique, Nada Koussa l’organise. Elle l’habite avec retenue, conscience et méthode.

Ce positionnement n’est ni spontané ni opportuniste. Il s’enracine dans un parcours académique et professionnel structuré, celui d’une psychologue clinicienne formée à l’écoute, à l’analyse et à la responsabilité de la parole. Cette formation n’est pas un simple ajout biographique ; elle irrigue l’ensemble de son rapport au monde public. Chaque intervention, chaque apparition, chaque prise de position s’inscrit dans une logique de cohérence : dire moins, mais dire juste.

C’est sans doute cette cohérence qui explique la reconnaissance institutionnelle rapide dont elle a fait l’objet. Accueillie et félicitée par la présidence de la République, puis nommée ambassadrice de la santé mentale en collaboration avec le ministère de la Santé publique, Nada Koussa a franchi un seuil rare pour une figure issue de l’univers des concours de beauté. Elle ne représente plus seulement un pays sur une scène internationale ; elle incarne une orientation, une priorité sociétale, un discours que l’État lui-même choisit de relayer.

La santé mentale, au Liban, n’est pas un thème neutre. Elle touche à l’intime, au collectif, à l’histoire récente marquée par les crises, les traumatismes et les ruptures. S’y engager publiquement exige plus qu’un slogan : cela demande une légitimité, une éthique et une capacité à éviter toute instrumentalisation. Nada Koussa aborde ce terrain avec une sobriété qui force le respect. Elle ne dramatise pas, ne moralise pas, ne simplifie pas. Elle parle avec la précision de la professionnelle et la retenue de celle qui sait que certaines douleurs ne se résument pas.

Son engagement se déploie également dans le champ éducatif et intellectuel. Conférences universitaires, forums internationaux, rencontres avec la jeunesse : elle privilégie les espaces de réflexion aux plateaux spectaculaires. Sa participation à des événements consacrés au leadership, à la transformation numérique ou à l’avenir des sociétés libanaises témoigne d’une volonté claire : inscrire la question du bien-être psychique au cœur des débats structurels, et non à leur périphérie.

Visuellement, son image publique reflète cette même discipline. Élégance maîtrisée, absence de provocation, sens du détail sans excès : rien n’est laissé au hasard, mais rien n’est tapageur. Le style ne sert jamais à détourner l’attention du propos ; il l’accompagne. Cette sobriété visuelle devient, en soi, un langage : celui d’une féminité affirmée, mais jamais instrumentalisée.

Sur les réseaux sociaux, Nada Koussa cultive une présence mesurée. Là encore, le refus de la surenchère domine. Les publications alternent entre engagements professionnels, moments de réflexion, et fragments de quotidien choisis pour ce qu’ils disent, non pour ce qu’ils montrent. Cette gestion consciente de l’image numérique contraste avec l’économie de l’exposition permanente qui caractérise souvent les figures de sa génération. Elle ne cherche pas à séduire par accumulation, mais à construire par continuité.

Ce qui frappe, au fil de ce parcours, c’est l’absence de rupture artificielle entre les rôles. Psychologue, ambassadrice, représentante nationale, femme publique : ces identités ne s’additionnent pas, elles se répondent. Chacune éclaire l’autre. La couronne n’efface pas la profession ; elle en amplifie la portée. La visibilité n’efface pas la compétence ; elle lui impose une rigueur supplémentaire.

Dans un pays où la défiance envers les figures publiques est profonde, cette posture inspire une forme de confiance rare. Non pas une adhésion émotionnelle immédiate, mais une crédibilité construite, patiente, presque silencieuse. Nada Koussa ne promet pas. Elle n’incarne pas une solution. Elle propose une méthode : écouter, comprendre, accompagner.

Ce choix de la responsabilité plutôt que de la performance inscrit son parcours dans une temporalité différente. Loin de l’éphémère, il suggère une trajectoire appelée à durer, à évoluer, à se déplacer vers d’autres formes d’engagement. Ce qui compte n’est pas ce qu’elle représente aujourd’hui, mais ce qu’elle rend possible demain : une autre manière d’être visible, une autre manière d’exercer une influence, une autre manière d’assumer une image publique.

À ce titre, son portrait dépasse la personne. Il interroge une génération de femmes libanaises qui refusent les assignations rapides, qui investissent les espaces symboliques sans s’y dissoudre, et qui transforment la reconnaissance en responsabilité. Nada Koussa ne cherche pas à être exemplaire. Elle choisit simplement d’être cohérente. Et dans le contexte actuel, cette cohérence est déjà un acte fort.

PO4OR – Bureau de Paris