Il existe aujourd’hui, dans le paysage public français, des figures qui ne se contentent plus d’occuper un rôle, mais qui s’emploient à en redéfinir les contours. Rachel-Flore Pardo appartient à cette génération rare de juristes pour qui le droit n’est pas seulement un instrument technique, mais un langage vivant, capable de dialoguer avec les mutations sociales, les usages numériques et les fractures contemporaines. Son parcours ne relève ni de la fulgurance médiatique ni de la posture militante spectaculaire. Il s’inscrit au contraire dans une trajectoire construite, réfléchie, marquée par une attention constante aux effets réels de la norme sur les vies individuelles.

Formée au droit, Rachel-Flore Pardo a très tôt perçu que les grandes violences de notre temps ne se déployaient plus uniquement dans l’espace physique ou institutionnel, mais dans des zones longtemps considérées comme secondaires : les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les espaces hybrides où l’intime devient public et où la violence change de forme sans perdre en intensité. C’est dans cet interstice, entre la règle juridique et l’expérience vécue, qu’elle a choisi d’ancrer son engagement.

Son nom est aujourd’hui étroitement associé à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, et plus particulièrement contre le cybersexisme. En fondant l’association Stop Fisha, Rachel-Flore Pardo a contribué à faire émerger un combat longtemps relégué à la marge du débat public : celui de la diffusion non consentie d’images intimes, pratique destructrice dont les conséquences psychologiques, sociales et professionnelles sont souvent sous-estimées. Là où d’autres voyaient un phénomène générationnel ou un simple « dérapage » des usages numériques, elle a posé un cadre clair : il s’agit d’une violence à part entière, qui appelle une réponse juridique, politique et culturelle.

Ce positionnement a progressivement fait d’elle une interlocutrice reconnue des institutions publiques. Son expertise l’a conduite à collaborer avec la mission interministérielle française dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, où elle intervient comme experte sur les questions de violences sexuelles et sexistes. Cette reconnaissance institutionnelle n’a pourtant jamais conduit à une dilution de son discours. Au contraire, elle a renforcé une posture singulière : celle d’une juriste capable de traduire la complexité du droit en outils compréhensibles, sans jamais renoncer à l’exigence intellectuelle.

Cette capacité de transmission constitue l’un des fils conducteurs de son parcours. En publiant Combattre le cybersexisme, Rachel-Flore Pardo ne s’adresse pas uniquement aux spécialistes. Elle propose un ouvrage pensé comme un pont entre la recherche juridique, l’action associative et le grand public. Le livre articule analyse, pédagogie et retours d’expérience, contribuant à inscrire durablement la question des violences numériques dans le champ des politiques publiques et de la réflexion citoyenne.

Mais réduire Rachel-Flore Pardo à la figure de l’experte serait passer à côté d’une dimension essentielle de son engagement : son inscription dans la cité. Ces dernières années, son parcours a connu un déplacement significatif vers la politique locale, avec une candidature à la mairie du 17ᵉ arrondissement de Paris. Là encore, le geste n’est ni opportuniste ni strictement partisan. Il s’inscrit dans une logique de continuité : faire passer des combats portés dans l’espace associatif et juridique vers le terrain concret de l’action municipale.

Cette transition interroge plus largement l’évolution des formes contemporaines de l’engagement. Chez Rachel-Flore Pardo, la politique n’apparaît pas comme une fin en soi, mais comme un levier supplémentaire, un espace où les principes défendus peuvent se traduire en décisions, en dispositifs locaux, en politiques de prévention et d’accompagnement. Son discours s’éloigne des promesses abstraites pour se concentrer sur des enjeux tangibles : protection des victimes, accès au droit, accompagnement social, prise en compte des violences invisibles dans les politiques publiques.

Son rapport aux médias témoigne de la même cohérence. Présente dans la presse nationale, notamment à travers des portraits et tribunes, elle ne cherche pas la surexposition. Chaque prise de parole semble pensée comme un acte de clarification plutôt que comme un geste de séduction. Cette retenue contribue paradoxalement à renforcer sa crédibilité dans un paysage médiatique souvent saturé de discours performatifs.

Rachel-Flore Pardo incarne ainsi une figure hybride, à la croisée du droit, du militantisme et de l’action publique. Elle appartient à une génération pour laquelle l’engagement ne se décline plus selon des catégories étanches, mais selon des circulations constantes entre savoir, expérience et responsabilité. Sa trajectoire témoigne d’un déplacement plus large du centre de gravité de l’action citoyenne, où les frontières entre expert, militant et élu deviennent poreuses sans pour autant disparaître.

Dans un contexte marqué par la défiance envers les institutions et la fragmentation du débat public, son parcours pose une question essentielle : comment reconstruire de la confiance sans renoncer à la complexité ? La réponse qu’elle esquisse n’est ni spectaculaire ni immédiate. Elle repose sur le temps long, sur la pédagogie, sur la conviction que le droit peut encore être un outil d’émancipation s’il est accompagné, expliqué et incarné.

En ce sens, Rachel-Flore Pardo ne représente pas seulement une personnalité engagée de plus dans le paysage français. Elle est le symptôme et l’actrice d’une mutation profonde des formes de l’engagement contemporain, où la parole juridique se fait sociale, où l’action locale devient politique, et où la lutte contre les violences numériques révèle les tensions fondamentales de nos sociétés connectées.

PO4OR – Bureau de Paris